L’Auto-Métallurgique : un fleuron oublié de l’industrie automobile belge

Benoît Piette    2025-04-27 12:36:16   

Dans le nord du pays, l'Oldtimerbeurs de Genk est une valeur sûre, un peu comme la bourse d’Ath dans le pays des collines. Outre ses tarifs très démocratiques, elle offre un superbe parking gratuit ! Beaucoup de clubs régionaux participent à sa renommée… sans oublier les stands de pièces où il est possible de trouver sa perle rare au détour des allées. Évidemment, elle n’a pas la taille des ténors comme Anvers ou Ciney, mais sa convivialité est un de ses atouts majeurs.


Une Carolo à Genk, et ça n’a rien à voir avec le Football !

En me promenant entre les allées, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une Métallurgique de 1910. Ce fleuron de l’industrie carolorégienne a été retrouvé dans le bush australien dans les années 1960, preuve qu’il y a plus de 100 ans, l’industrie wallonne était mondialement appréciée !
Malgré des attaques répétées de thermites, la voiture s’en est finalement bien sortie : seule l’ossature attaquée a été remplacée.

Restaurée avec grand soin fin des années soixante début septante, elle a participé à plusieurs grands rallyes et a fini sa carrière australienne au National Motor Museum d’Adélaïde.

© Car Pictures Lady (Inge Hoelvoet)

Rapatriée en Belgique dans les années 1980, elle a eu quelques propriétaires avant d’être rachetée en 2022 par le propriétaire actuel. C’est à cette époque qu’elle a dû subir une restauration de ses parties mécaniques comme son moteur, un gros quatre cylindres de 2,9 litres de cylindrée, son embrayage en bronze fritté, etc.

Son histoire

Comme il était de coutume à l’époque, elle a été vendue comme châssis nu et a été carrossée ensuite suivant le désir du client. Pour l’habiller, son propriétaire lui a choisi le carrossier Vanden Plas qui déjà avait ses lettres de noblesse au Royaume-Uni. Elle a donc été parée d’une carrosserie appelée « Roi des Belges » et peinte en « Royal Purple » une teinte apparemment très prisée par la reine Élisabeth de Belgique.

Vanden Plas, une histoire noir jaune rouge

Vanden Plas était une société belge qui a vu le jour à Bruxelles en 1870 et qui s’est spécialisée dans la carrosserie : avec les débuts de l’automobile, une succursale de la maison a été créée à Paris. De nombreux constructeurs comme De Dion Bouton, Berliet, Germain, ou même Packard ont fait appel à ses services à un point qu’en 1908, Vanden Plas employait à Anvers et Bruxelles 400 personnes pour une production de 300 carrosseries par an, puis au fil des ans, sa production a été même portée à plus de 750 voitures.

En 1906, Vanden Plas exporte en Angleterre des Métallurgique carrossées par ses soins. En 1913, une succursale est créée outre Manche.
Cette antenne anglaise monte les carrosseries Vanden Plas sous licence.

Métallurgique 12/15 HP Berline Vanden Plas 1921
Avec l'aimable autorisation de Yalta Production

Ci-avant : Une Métallurgique 12/15hp. Propulsée par un moteur 4 cylindres en ligne de 1882 cm³ avec arbre à cames en tête développant 15 ch et couplé à une boîte de vitesses à 4 rapports. Ses quatre roues sont munies de frein à tambour licence Adex C.

Progressivement, Vanden Plas London s’émancipe de sa tutelle belge pour devenir en 1923 Vanden Plas (England) Ltd.
La branche française de la marque a cessé sa production en 1934, tandis que l'entreprise belge a continué sa production jusqu’en 1949.

En 1980, le Vanden Plas Owners Club a été créé pour aider et encourager à maintenir ces voitures en bon état de fonctionnement et d'apparence.

"Roule", Brittania !

Cette Métallurgique fait donc partie de ces automobiles qui ont été importées avec cette carrosserie renommée. Les voitures de Marchienne au Pont avaient une très bonne réputation en Angleterre. Le Commonwealth était devenu un des marchés les plus importants pour la firme carolorégienne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les seules Métallurgique qui subsistent sont en majorité dans le Commonwealth et plus particulièrement en Australie ou même en Nouvelle Zélande.

Mais sa renommée ne se limitait pas à la Perfide Albion : outre Lord Carnarvon (expédition Toutankhamon), on y retrouve un prince de la famille impériale russe, le roi du Maroc, sans oublier notre propre famille royale.

© Dubois B.

Ci-après l’histoire de cette marque belge oubliée :

Dans le paysage automobile belge du début du XXe siècle, l’Auto-Métallurgique s’imposait comme une référence en matière de robustesse, de performance et d’innovation. Fondée à Marchienne-au-Pont, cette marque carolorégienne a su gagner la confiance des passionnés grâce à ses mécaniques fiables et puissantes, avant de disparaître dans l’anonymat à la fin des années 1920.
Retour sur l’histoire fascinante d’un constructeur qui porta haut le savoir-faire Carolo et par conséquent national.

Ses origines

L’histoire de "La Métallurgique" commence en 1854, avec la création d’un atelier de réparation et de construction de locomotives par Joseph Emmanuel Jérôme de Zaman, près des forges de Clabecq. L’entreprise se spécialise dans la fabrication de matériel ferroviaire et devient rapidement une référence dans le secteur.

En 1880, elle prend officiellement le nom de SA La Métallurgique et ses activités s’étendent à plusieurs sites de production, notamment à Tubize, Nivelles et Marchienne-au-Pont. Ses locomotives et ses wagons sont exportés à travers l’Europe, témoignant de savoir-faire en matière d’ingénierie mécanique.

Avec l’essor de l’automobile à la fin du XIXe siècle, l’entreprise décide de diversifier son activité et, en 1898, elle fait ses premiers pas dans l’industrie automobile en lançant ses premières voitures sous l’appellation "Auto-Métallurgique".

Son essor

Les premiers modèles de l’Auto-Métallurgique s’inspirent des mécaniques Daimler, adoptant la transmission par chaîne, une technologie courante à l’époque.
Toutefois, la firme innove rapidement, et avant de nombreuses marques européennes, elle abandonne la chaîne au profit du cardan. Ce passage au Chainless permet d’améliorer la fiabilité et la sécurité des véhicules en réduisant leur entretien (graissage périodique de la chaîne) tout en assurant une transmission beaucoup plus efficace.

Dès 1905, la gamme évolue avec des moteurs dotés de levée variable des soupapes, un châssis tout en acier et des essieux rigides. Conçues par Ernst Lehmann, ancien ingénieur Daimler, ces mécaniques raffinées pouvaient déjà intégrer une dynamo pour l’éclairage électrique.

En 1906, le 60/80 HP fait sensation avec ses 100 ch à 1400 rpm et dès 1908, le radiateur en V devient l’emblème de la marque. En 1909, la société Bergmann-Metallurgique GmbH monte des voitures sous licence à Berlin sous le nom de Bergmann-Metallurgique. La production allemande continuera jusqu’à la déclaration de guerre. Après les hostilités, la licence a été retirée par Métallurgique et les voitures produites prirent le nom de Bergman, mais c’est une autre histoire.

Compétition automobile

Avec ses voitures conçues pour l’endurance et la vitesse, Métallurgique participe à plusieurs compétitions où la firme de Marchienne-au-Pont confirma ses qualités.

Métallurgique 40 HP
Targa Florio 1907

Citons par exemple la Kaiserpreis, l’ascension du mont Ventoux, la Eifelrennen ou le raid Saint-Pétersbourg - Odessa ou le Grand Prix de Spa où, en 1922, une voiture Métallurgique 3 litres y réalisa le tour le plus rapide.

Des techniques innovantes

En plus de la transition précoce au cardan, les Métallurgique étaient déjà équipés de boîtes de vitesses à quatre rapports, une sophistication rare qui sera généralisée à tous les modèles à partir de 1911.
La marque se distingue aussi par un système de freinage en diagonal, conçu sous licence Adex de l’ingénieur Arthur De Coninck.
Appelé Adex C et utilisé pour la première fois en 1922 sur des modèles Excelsior, une marque de voiture produite à Zaventem, ce système intégrait un dispositif de freinage original à compensation agissant en diagonale. Il permettait d’équilibrer l’intensité du freinage sur les quatre roues, améliorant ainsi la stabilité et la sécurité du véhicule.

Métallurgique 12/14 HP 1921

Ce type de freinage était rare, parce que, d’après les ingénieurs de l’époque, les freins à l'arrière devaient suffire pour contrôler le véhicule. Toujours suivant leur raisonnement, la majorité de la force de freinage était supposée être générée par les roues arrière et que l'ajout de freins à l'avant aurait entraîné une instabilité, surtout à des vitesses plus élevées....

Ce principe fut ensuite repris sur d’autres modèles, notamment l’Excelsior "Albert 1ᵉʳ" en 1926, qui bénéficiait également d’un servofrein Dewandre et d’une répartition diagonale de l’effort de freinage.
Ce freinage a inspiré des constructeurs bien plus tard, spécifiquement Volkswagen, qui l’adoptera dans les années 70 pour sa Golf.

Affectée par la guerre

L’année 1914 marque un tournant tragique pour Métallurgique. La Première Guerre mondiale interrompt la production et l’usine est réquisitionnée.
À la fin du conflit, la marque tente un retour avec des modèles améliorés et des innovations comme les freins sur les quatre roues.

En 1921, elle introduit une voiture de sport de 3 litres, qui a établi un record au Grand Prix de Spa 1922.
Puis en 1923, la 2 litres Métallurgique, conçue par Paul Bastien, apporte des avancées majeures avec ses soupapes en tête commandées par poussoirs, des freins à l’avant et une direction ultralégère. Dévoyé par la marque américaine Stutz, Paul Bastien sera à l’origine de la Stutz AA Eight Vertical (8 cylindres en ligne de 4736 cm³ développant 92 ch à 3200 rpm et entraînant la voiture à 120 km/h  !)

Stutz AA Eight Vertical - 1927
© Classic Trader

Un destin contrarié

Malgré ses innovations et ses succès en compétition, la firme marchiennoise ne peut hélas rivaliser avec les grandes marques internationales.
En 1927, son usine est rachetée par Minerva, tandis que son outillage est cédé à Imperia.
Ainsi s’achève l’histoire de Métallurgique, après seulement 30 années d’existence, laissant son empreinte dans l’industrie automobile belge.

Un héritage précieux

Comme les Ateliers Germain de Monceau-sur-Sambre, l’Auto-Métallurgique incarne une époque où l’ingénierie automobile belge rivalisait avec les meilleurs constructeurs européens.
Bien que disparue, la marque reste un symbole de l’industrie caroloringienne, preuve qu’une entreprise audacieuse pouvait rivaliser avec les géants du secteur et proposer des modèles en avance sur leur temps.

Le propriétaire de cet exemplaire unique en Belgique est à la recherche de toute archive relative à la marque "La Métallurgique".
Si vous disposez de documents, photos ou d'autres choses concernant la marque marchiennoise,
M. Gillet Man serait ravi de prendre contact avec vous.

Sources :
♦ Le propriétaire M. Gillet Man
♦ Le livre d'or de l'automobile et de la motocyclette Royal Motor Union par Roger Darteyre 1951 Liège
♦ The complete Encyclopedia of Motorcars 1885 to Present by G.N. Georgano 1970 London
♦ L'auto Métallurgique Wikipedia UK
Guide des automobiles anciennes

Vos commentaires

  • Le 2 mai 2025 à 11:53, par SIMON Pierre En réponse à : L’Auto-Métallurgique : un fleuron oublié de l’industrie automobile belge

    Bonjour,
    Mon grand père maternel possédait une Talbot 1929 qu’il utilisa en 40 pour emmener sa famille (3filles)en sécurité jusqu’à Pau en France. (Mon père était prisonnier) quand il sut que les Allemands ne se conduisaient pas comme en 14, il nous ramena à Liege. pour éviter la réquisition, la voiture fut cachée dans un ancien box pour chevaux, et il m’emmenait la voir de temps en temps 4 ans à l’époque) d’où mon goût pour les voitures de cette époque. Et la première voiture de mon père fut une Impéria !!

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