Wallonie : Le contrôle technique des véhicules historiques enfin harmonisé (ou presque)

Après des années de règlements aussi disparates que les numéros de châssis d’une Austin Seven, la Wallonie s’apprête à rejoindre ses voisines régionales.
Dans un pays où trois gouvernements régionaux différents peuvent réglementer la même chose de trois façons différentes, c’est presque un événement historique.


C’est lors d’une réunion le 20 janvier dernier que la BEHVA (Belgian Historic Vehicle Association) a donné la nouvelle : un projet d’arrêté gouvernemental wallon propose enfin de mettre un peu d’ordre dans le joyeux bazar réglementaire belge.
Pour les amateurs de véhicules anciens, habitués depuis des lustres à jongler entre trois régimes différents selon qu’ils habitent au nord, au sud ou au milieu du Royaume – comme si leurs bolides n’avaient pas déjà assez de problèmes mécaniques – c’est presque un miracle administratif.

Fini la récréation (partielle) pour les plus de 50 ans

Le projet, qui modifie l’arrêté royal du 15 mars 1968 – un texte si ancien qu’il pourrait lui-même prétendre au statut historique – prévoit deux changements notables, histoire d’ajouter quelques pages supplémentaires au Moniteur belge, qui n’en manquait certainement pas.

Les véhicules de 30 à 50 ans devront désormais passer au contrôle technique tous les deux ans. Exit donc la fameuse notion de "véhicule à caractère historique", cette catégorie un brin nébuleuse qui permettait à certains propriétaires d’éviter les visites bisannuelles au centre de contrôle.

Plus spectaculaire encore : les véhicules de plus de 50 ans, actuellement totalement dispensés de contrôle en Wallonie, devront se soumettre à l’examen tous les cinq ans. Une petite révolution pour ces vénérables machines qui coulaient jusqu’ici une retraite paisible, à l’abri des ponts élévateurs.

Une transition en douceur (très en douceur)

Rassurez-vous, les autorités wallonnes n’ont pas l’intention de provoquer un embouteillage monstre devant les centres de contrôle.
La mesure ne s’appliquera qu’à partir du 1er janvier 2028, et uniquement pour les véhicules changeant de propriétaire.

Quant aux actuels bénéficiaires d’une dispense, ils auront jusqu’au 31 décembre 2032 pour se mettre en conformité. Une période de transition si généreuse qu’on se demande si certaines Saab ne seront pas devenues des antiquités entre-temps.

Sont épargnés par cette réforme les véhicules lents, ceux équipés de chenilles (hors catégorie C, évidemment), et les deux- et trois-roues motorisées.
Les amateurs de Sherman et de side-cars peuvent donc continuer à vaquer tranquillement à leurs reconstitutions, soulagés d’échapper à une nouvelle strate administrative.

L’éternel combat pour l’harmonisation

La BEHVA, fidèle à sa ligne, continue de plaider pour une égalité totale entre les régions – un combat qui, dans ce pays, relève parfois de l’exploit digne des 24 Heures du Mans. L’association demande notamment une dispense complète pour les véhicules d’avant 1926, comme c’est déjà le cas en Flandre.

Parce qu’après tout, une Ford T de 1925 mérite-t-elle vraiment de subir un contrôle antipollution ?
Et surtout, dans un pays si petit, avions-nous vraiment besoin d’une règle différente pour cela de part et d’autre de la frontière linguistique ?

Précision importante : il ne s’agit pour l’instant que d’un projet. Rien n’a été signé par le ministre compétent ni publié au Moniteur belge – ce tome monumental qui grossit quotidiennement comme un Wikipédia incontrôlable. Des modifications peuvent encore survenir, comme un carburateur qui décide soudainement de fuir un dimanche matin juste avant une balade.

Mais pour une fois, on peut saluer une tentative d’harmonisation qui va dans le sens du bon sens. Dans un royaume où l’on peut difficilement traverser une frontière régionale sans tomber sur une nouvelle réglementation concernant à peu près n’importe quoi – des primes d’isolation aux horaires d’ouverture des commerces – voir trois entités se mettre d’accord sur quelque chose tient presque du prodige.

Certes, cette harmonisation arrive avec la célérité d’une 2CV lancée à pleine vitesse, mais elle arrive. Et dans le monde merveilleux de la réglementation automobile belge, c’est déjà une victoire qu’il convient de célébrer avant que quelqu’un ne propose un nouvel amendement.

La BEHVA promet de tenir ses membres informés dès la publication officielle.
En attendant, les propriétaires de véhicules historiques peuvent continuer à polir leurs chromes en paix, et peut-être même rêver d’un jour où traverser la Belgique en voiture ancienne ne nécessitera plus un doctorat en droit administratif comparé.