Giro di Sicilia 2019, une expérience émotionnelle pour Giuseppe.

Bob d’Automag    2019-08-09 11:25:55   

"Giro di Sicilia", du 5 au 9 Juin 2019 Giuseppe LA RUSSA a retrouvé les routes qu’il a parcourues dans sa jeunesse.


Comme tout le monde ne le sait pas, suis né et j’ai vécu et grandi en Sicile avant mon arrivée en Belgique.

Là, sur cette île du sud, deux très grands événements automobiles ont marqué dans un tout premier temps mon enfance, et ensuite ma jeunesse, vous avez peut être entendu parler de "Giro di Sicilia" et "Targa Florio".

Si, pour l’enfant l’envie était pouvoir voir passer les voitures, pour le jeune l’envie était de pouvoir y participer mais … trop jeune et surtout pas encore les moyens de disposer ne fusse que de la plus petite des GT admises au départ.

Mercredi 5 juin, vue panoramique de la ville de Palermo depuis le "Monte Pellegrino"

Deux noms qui ne peuvent pas laisser indifférents les passionnés et connaisseurs de sport automobile, d’ailleurs le "Giro di Sicilia" aussi connu comme les "Mille Miglia du Sud" se courait environ un mois avant les"Mille Miglia".

Même modus operandi c’est-à-dire quasi tous types de voitures, premier départ à minuit pour revenir après +/- 1100 km à Palermo, aussi des grands noms au palmarès, il était aussi coutume de voir bon nombre de pilotes s’engager aux deux courses.

La dernière fois que l’on a couru le "Giro di Sicilia" c’était en 1957 et le vainqueur fut un certain Olivier Gendebien sur Ferrari 3000 berlinette à une moyenne supérieure à 100 km/h.

Malheureusement la tragédie (une dizaine de morts) aux "Mille Miglia" de cette même année signa l’arrêt de mort pour ces deux compétions ainsi que d’autres courses de mineure importance en Italie.

la "Lancia Appia 1ère Série", la mienne était couleur "gris perle"

Le fait d’avoir pu participer au Giro di Sicilia Historique cette année, c’était revivre les souvenirs d’enfance et de jeunesse, suite à l’initiative de Michele Lauria coordinateur en Belgique, et aussi grâce à la disponibilité de Jacques Joiret qui a bien consenti à m’accompagner dans cette aventure.

D’autant plus que le parcours emprunte un bon 50% des routes sur lesquelles j’avais circulé il y a 50 ans au volant de voitures d’époque, au sens propre et figuré du mot, ma toute première voiture étant une Lancia Appia de 1954.

Comme chaque année on fait le plein +/- 250 voitures engagées de toutes les époques, Alfa, Lancia, Fiat à à la pelle, Ferrari, Porsche, Jaguar, MG … et j’en oublie, une perle rare tout de même : une Cisitalia 202 MM 1947 sortie d’un musée à Torino même modèle que celle pilotée par Tazio Nuvolari en personne et classé 2ème aux "Mille Miglia" de 1947.

Cisitalia 202 MM 1947

Participation très cosmopolite, des italiens le gros du plateau bien entendu, suisses, français, autrichiens, maltais, belges (une vingtaine), et … 7 à 8 équipages japonnais, 5 à 6 équipages argentins, ces deux derniers ayant pu se procurer des voitures sur place.

Rendez vous le mercredi 5 juin (facultatif) pour les formalités administratives et la montée du "Monte Pellegrino" (Palermo), une course de côte de +10 km, pour arriver à un panorama plus beau qu’une carte postale.

Ensuite départ le jeudi 6 de Palermo pour 4 étapes, la 1ère jusqu’à Catania, ici on a voulu rendre hommage au souvenir de deux anciens pilotes siciliens protagonistes lors de différentes éditions de la compétion originale et d’autres courses d’après guerre.

Le 1er est le baron Stefano La Motta décédé sur une sortie de route lors d’une édition du "Giro di Sicila", le 2ème le baron Antonio Pucci, né sous une bonne étoile, a fini par inscrire son nom au palmarès, grand gagnant au général de la "Targa Florio" de 1964, excusez du peu !!

Tazio Nuvolari se classe 2è aux "Mille Miglia" de 1947 au volant de cette même auto...

Ainsi le parcours empruntait un itinéraire sillonnant le centre de la Sicile sur les routes de la région dite "Madonie", avec en prime un tiers du parcours de la "Targa Florio" depuis la nationale SS 113 via la nationale 120, passage devant les tribunes jusqu’à Caltavuturo, montant du niveau de la mer à +/- 1000m d’altitude, rien que un virage après l’autre et un autre encore sans fin, des lignes droites ultra courtes juste le temps de respirer et ça recommence à tourner, monter et descendre sans arrêt, et ce jusqu’à Catania pour revenir au niveau de la mer.

La 2ème étape Catania-Piazza Armerina via Siracusa, Noto ville du baroque, Ragusa, Caltagirone ville de la céramique ; la 3ème de Caltanissetta à Marsala via Racalmuto (pour un tour sur le circuit automobile), Agrigento, Partanna ; la 4ème départ de Marsala, via Trapani, Monte Erice, Castellamre del Golfo, Alcamo et retour à Palermo le dimanche 9 juin.

"Scala dei Turchi"

Que que de paysages variés et panoramas, pour ne citer que deux Agrigento et la Vallée des Temples, Porto Empledocle et la "Scala dei Turchi" (littéralement escalier des turques), des marches taillées sur une falaise de calcaire blanc par laquelle les pirates ottomans essayaient de surprendre les habitants de la côte. (Dans le langage sicilien très coloré, les références au turcs ne manquent pas).

Rien de neuf sous le soleil cela fait des milliers d’années que des vagues d’immigrés et/ou envahisseurs venant du Nord Afrique traversent la Méditerranée vers la Sicile et le plus souvent avec des intentions loin d’être amicales.

Nous avons traversé de nombreuses villes, grandes et petites, et partout nous avons rencontré cet accueil chaleureux, les ailes de foule, nous avions l’autorisation de rentrer dans des zones piétonnes, de petits cadeaux étaient remis à chaque équipage, dans un village très reculé et à l’écart de tout, une dizaine d’enfants ont passé un après-midi de bonheur à découvrir des voitures rares et s’empressaient de serrer les mains de chaque équipage.

L’excellent photographe Vincenzo Ingrassia à réalisé un court métrage qui vous plonge dans cette ambiance unique à Nicosia...

Une ville en particulier au dessus du lot, Nicosia, tout le long de la rue principale et sur la place une marée de personnes habillées comme dans les années ’50, du paysan au noble, du "carabiniere" en strict uniforme d’époque au prêtre bénissant la voiture et équipage, un mariage sortant de l’église, un stand "course" pour ravitaillement équipé de bottes de paille, bidons d’’essence ainsi que des mécanos en salopette, nous n’avions jamais rien vu de semblable !!

Telenicosia.it : Grande successo per il passaggio del Giro di Sicilia da Nicosia

Vue d’ensemble repas du soir samedi 8 juin domaine "Il Baglio" à Marsala

Des hôtels de classe, petits déjeuners, repas à mi journée et au soir à volonté, boissons, desserts et crème glacée à faire grimper au rouge le diabète, plus que bon … super ; un mot en particulier pour la lieu du samedi soir, qui s’est clôturé par un feu d’artifice à Marsala "Il Baglio" est un domaine de rêve, un parc clôturé énorme, une demeure princière ancienne, parfaitement restaurée, digne d’un scénario de film de la Renaissance.

Un pèle mêle de pâtisseries (cannoli) et glaces typiques siciliennes
Le vendredi 7 juin, la reine de la pâtisserie "cassata siciliana" (100.000 calories au minumum) huumm !!!

Au delà de l’aspect touristique la manifestation est un événement FIVA et qui engendre un classement sur base de tests de régularité comme cela se pratique en Italie depuis toujours.

Très différent de la régularité belge ou française, …. il s’agit de tronçons très courts, signalés par des cônes et câbles au sol, de l’ordre de 30 à 50m voir 100m de zone à zone à parcourir en un nombre donné de secondes, moyenne changeant aux alentours de 18 à 22-23 km/h, le relèvement de chaque tronçon se faisant au 100ème de seconde.

Jacques et moi sommes novices dans la discipline et équipés de manière sommaire, face à des professionnels du genre et super équipés, nous nous en sortons honorablement 50ème sur 118 au classement de catégorie et 111ème sur 255 au général, et si l’on tient compte d’un coefficient très défavorable (3) cause manque de passeport FIVA (on suppose) on aurait pu avancer d’une vingtaine de places à chaque fois.

Notre voiture au départ de la 3è étape vendredi 7 juin à Caltanissetta

Le premier jour lors du 2ème secteur de classement, me retrouver à "Floriopoli" (tribunes, départ et arrivée de la Targa Florio) avec un numéro de compétions sur la portière m’a ramené un court instant… 50 ans en arrière.

Et même si en mon fort intérieur je savais que ça ne comptait que pour du beurre, le tout m’a ému et donné la chair de poule, dommage pour les routes ayant subi des déformations dues aux mouvements de terrains, cela aurait prolongé la rêve et la magie.

Le deuxième jour un problème inattendu immobilise l’Alfa Roméo, une durite déchirée à Noto, resultat : perte d’eau, mais heureusement nous avons pu trouver un mécano ; un tout petit atelier en plein désordre, des pièces à même le sol, mais un gars très compétent. Nous avons perdu 15h pour trouver un pièce coudée à adapter, mais réparation faite, nous avons pu repartir.

De ce fait, très en retard, nous avons essayé de suivre l’itinéraire mais l’on s’est rendu compte que ça n’allait pas marcher, du coup on a décidé de couper ; à un moment donné les vieux réflexes de la navigation reviennent et en regardant la carte (sommaire) de l’organisateur on a trouvé à se remettre sur le bon parcours et rattraper la queue du peloton.

Jacques Joiret et Giuseppe La Russa à l’arrivée de la 4é étape dimanche 9 juin à Alcamo

Les jours suivants ça s’est plus ou moins bien passé malgré que il faille consentement avoir un œil attentif à la température d’eau, le thermomètre filtrant allègrement entre 90 et 100°, mais malgré cela nous avons franchi la ligne d’arrivée.

Chaud, lumineux et beau, cela va de soi, organisation très expérimentée et sans faille (tout de même un caravane de presque 600 personnes), repas excellents, ambiance superlative, des roads-books à la portée de toutes les épouses, compagnes, fiancées, pas de risque d’énervement, dispute, divorce et/ou rupture.

Que peut-on ajouter de plus ? … si quand même : à l’intention de tous ceux qui hésitent, qui doutent et les sceptiques, le vieux dicton est toujours d’actualité : " … les absents ont toujours tort …".

A refaire ?? Certainement, peut-être pas tout de suite mais oui sans hésitation.

A conseiller ??, oui à 200%, à chacun de voir mais ça vaut la peine et le déplacement.

Un très grand merci à Jacques pour m’avoir secondé avec patience et bonne humeur.

Giuseppe LA RUSSA

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