Militaria : lorsque les recherches de documents vous expliquent les 6 journées et nuits les plus tragiques de votre vie ...

Jean Van Der Rest    2011-07-06 23:15:28   

MILITARIA :


L’époque est révolue où l’on considérait le collectionneur ‘’militaria’’ comme un individu peu fréquentable, regroupant uniformes, armes et munitions ou à l’opposé, ayant gardé de son enfance, les jeux de batailles rangées de par sa collection de petits soldats de plomb.

AUJOURD’HUI

Si quelques centaines de collectionneurs rassemblent encore, jeeps, camions ou autres tracteurs militaires, les plus nombreux regroupent sous vitrines, les mêmes témoins ... au format 1/43 eme .

Mais il en est qui par leurs recherches, font œuvre d’Histoire. Ce sont les chercheurs de documents militaires. C’est l’un d’entre-eux que nous avons découvert au travers de son témoignage sur les journées du 6 au 12 septembre 1944, au nord de notre pays, à proximité de la frontière hollandaise. Six journées et autant de nuits qui furent plus que tragiques.

AUTOMNE 1944

Gérard Wuyts avait alors 14 ans. Dans leur avance rapide en direction de la Hollande toute proche, les troupes alliées sous le commandement de Montgomery venaient d’encercler Hechtel, son village. Comme la plupart des villages environnants, tous situés à quelques kilomètres du camp militaire (belge) de Beverlo (Bourg Léopold), Hechtel avait eu à supporter la présence de troupes allemandes, logeant jusque dans les maisons privées.
Parmi les derniers occupants : les troupes d’élite de la SS-Leibstandarte Adolf Hitler.

Le grand carrefour à Hechtel juste après les combats de septembre 1944...

Pourquoi Hechtel ? Parce que la commune est au carrefour d’importants axes routiers. Bloquer celui-ci, devait permettre de retarder sensiblement la retraite des troupes ennemies en direction de leur nouvelle ligne de défense. C’est ce qui va déterminer le haut commandement allemand, sous la direction du feldmaréchal Keitel, à envoyer sur la zone, près de 30.000 jeunes parachutistes (fallschirmjäger) en renfort, sous les ordres de Jodl, face à l’avancée britannique. Près d’un millier de très jeunes SS hollandais les rejoignirent. Les 6 jours et nuits de "La Tempête d’Automne’’ sur Hechtel vont prendre place dans l’Histoire. Sur 395 pages qui se lisent sans voir passer les heures, Gérard Wuyts va en aborder toutes les faces d’un vécu personnel, jusqu’à l’assassinat de 22 de ses habitants, parmi lesquels son père, fusillés par les SS. Mais que fait donc ce résumé d’un tragique fait de guerre, dans un espace-media généralement réservé à l’automobile ?

PARCE QUE …

Après une quinzaine d’années de recherches de documents civils et militaires, mais surtout de témoignages vivants, en Allemagne principalement, il restait à Gérard à se porter à la rencontre de précisions, du côté de la participation des troupes anglaises à la libération de son village. Etant à Londres pour ce faire, la visite du Musée de la guerre (Imperial War Museum) lui avait été conseillée. Et ce fut ‘’le’’ choc !

Le Panzer Jagdpanther 01 du major Erich Sattler était là ... exposé à l’Impérial War Museum de Londres.

Le Panzer Jagdpanther 01 du major Erich Sattler, stoppé par 3 coups-but sur le flanc gauche et mis hors de combat à proximité du grand carrefour d’Hechtel était là … à Londres … devant lui. Pas d’erreur possible ! Il en faisait mention dans le manuscrit du livre qu’il comptait publier. L’engin avait été photographié sur place après les journées tragiques et les 3 coups en triangle bien visibles. Ces 3 impacts là, il les avait sous les yeux… 50 ans plus tard. La précision recueillie dans les documents militaires alliés écarte toute interprétation superflue, ‘’ Le char Cromwell du lieutenant W.H. Griffiths, mal camouflé dans un chemin de terre forestier proche du carrefour, reçu en provenance du 01, un obus qui détruisit sa mitrailleuse. L’officier prit immédiatement la décision de reculer à l’abri d’une élévation de terrain, le mettant hors de portée … et de vue de son adversaire, qui allait se faire surprendre et arrêter définitivement par 4 obus anti-chars du Cromwell.’’

La photo de presse prise quelques jours plus tard sur le lieu même du combat, montrait clairement l’impact de tête et les trois autres en triangle (collection ‘’militaria’’).

Cette photo de presse montre clairement les 3 impacts. (collection militaria)

Malgré l’interdiction de photographier à l’intérieur du Musée, après avoir témoigné de sa provenance, notre historien obtint l’autorisation de poser face à sa découverte. Ce dernier témoignage visuel constitue la couverture dorsale de son livre aux nombreux récits vécus, fruits d’une rigueur à la recherche de la vérité, fut-elle même nuancée par ses provenances opposées d’alors, aujourd’hui confrontées à l’oubli, jusqu’à l’ombre des croix.

Ndlr. 15 années de recherches pour sortir de l’ombre. Mais ce livre n’est pas un règlement de comptes. L’auteur avait promis ‘’tôt ou tard je retrouverai les coupables du massacre de Hechtel’’. Promesse tenue jusque sur la tombe du dernier, au cimetière de Berlin-Spandau.

Jean VAN DER REST.

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