Edmond Pery, mon enfance dans le quartier du Laveu.

Dimitri Haulet, Philippe Haulet    2021-08-04 10:14:16   

Une vie d’aventures et de passion pour l’automobile. (PART-1)


Edmond Pery : mon enfance dans le quartier du Laveu.

La maison familiale de mon enfance se situait dans le quartier "du Laveu" à Liège. Ce nom vient de lavoir, "laver" en wallon, là où le charbon est lavé.


Dès mon jeune âge, mon père, qui était douanier, remarque que j’adore démonter et remonter ce qui traîne dans la maison. Il m’achète un "meccano" (jeu de construction) et je joue pendant des heures avec des vis, des écrous, des languettes métalliques et des pneus.

A quatre ans ou à cinq ans, je construis donc des véhicules avec ce meccano. Les boîtes de mécanos s’améliorent avec le temps, et je construis des véhicules plus perfectionnés comme un camion de pompiers avec une échelle articulée.


Peu après le début de la deuxième guerre mondiale, mon père s’exile à vélo jusqu’à Poitiers et s’y cache pour éviter d’être pris par les Allemands. Je suis alors âgé de 11 ans et il me faut aider à nourrir la famille...
Passionné de mécanique, je commence à restaurer un vélo abandonné. Ce travail est long mais me plaît. Je démonte entièrement le vélo et repeins toutes les pièces.
Certains éléments sont chromés, comme le guidon et le pédalier. Je trouve un atelier d’émaillage et de chromage dans le quartier Saint-Léonard.
Quand toutes les pièces sont terminées, je remonte le vélo. Le voilà fin prêt, mais encore faut-il le vendre !! Je descend à Liège, au marché de la Batte, je trouve un acheteur pour le vélo restauré et je rentre, à pieds, mais avec le fruit de mon travail en poche ! En 1943, mon père revient de Poitiers, à vélo.

Sans être soldat, j’ai "risqué ma vie" pendant la guerre.

Un jour, mon père repeint la cour de la maison avec de la chaux blanche et il me vient une idée... idiote. Vers 19heures, il fait noir, je prends un peu de chaux dans le seau de mon père et je dessine un immense "V", le V de la victoire sur le mur du voisin. Je m’applique pour le faire à la perfection.
Brusquement, arrive une voiture, éclairage camouflé. Elle s’arrête devant moi et le V au mur !!
Quatre SS sortent de la voiture avec fusils et mitraillettes en mains. Je suis dos au mur, les soldats devant moi, j’urine de peur, je pleure, je crie quelques mots en allemand. Un des SS réagit et me demande si je parle allemand. Je confirme car nous avons habité la zone frontière, mon papa étant douanier. Il me demande où j’habite et je montre la maison.
« Va chercher ton père. », ordonne l’homme à la mitraillette.

Suivi de près par deux soldats allemands, je sonne à la maison et quand mon père ouvre la porte, il a naturellement une très mauvaise surprise. Il découvre mon oeuvre et sa première réaction est une gifle. Il discute avec les soldats allemands, précisant que je n’ai pas 12 ans, que je ne sais pas ce que je fais et qu’il effacera le V tout de suite. Ma mère apporte immédiatement des seaux d’eau chaude et des brosses.

A trois, papa, maman et moi, nous nettoyons le mur. Ce travail dure très longtemps et les Allemands restent, fusils en mains, jusqu’au nettoyage complet de mon oeuvre ! Le travail terminé, ils remontent dans la voiture et disparaissent. Nous rentrons dans la maison, papa est fou furieux, maman pleure, je pleure aussi. Je pense me souvenir de quelques gifles supplémentaires ; notre chance est d’avoir parlé allemand.

Du revolver à l’automobile en passant par le vélomoteur !

En 1944, à l’école mécanique quai du Condroz à Liège, je réalise que je suis très doué pour la mécanique, les machines-outils, l’étau-limeur, la fraiseuse. Je dépasse, et de loin, le programme scolaire qui nous est attribué.

J’y rencontre un ami, Georges, passionné par les échanges et le commerce. Dans la cour de récréation de l’école, il a toujours quelque chose à vendre.
Un jour, il trouve un revolver enterré pendant la guerre. Ce revolver est très gros et tout rouillé. Je lui achète ce revolver et commence à le restaurer.

Quelques semaines plus tard, le revolver est fin prêt et Georges me propose un échange entre le revolver et un cyclomoteur. Il est très original, avec un petit moteur 50 cm3, à culbuteurs. J’accepte l’échange et je rentre à vélomoteur.

À partir de ce moment, la maison devient mon garage, au grand regret de mon père : « Quand on fait de la mécanique, on joue avec de l’essence ».
Comme pour le vélo, la restauration du vélomoteur prend un certain temps. Je démonte tout pour un travail parfait.

Pour mes 16 ans, le vélomoteur roule. Lorsque Georges le voit, il me propose un nouvel échange : une voiture Amilcar CGS de 1928 en ordre de marche mais... transformée en camionnette.

Pourquoi camionnette ? Cette voiture est peu large et elle a servi à un brasseur de Visé pour livrer sa marchandise sur l’île Robinson par le pont d’accès qui était très étroit.
La voiture roule et nous rentrons de Visé... sans plaque d’immatriculation.

A suivre : L’AMILCAR et la première aventure automobile.

Vos commentaires

  • Le 5 août à 07:47, par Paul Fraikin En réponse à : Edmond Pery, enfance.

    Magnifique histoire, vivement la suite ... et merci

  • Le 5 août à 08:18, par Philippe Haulet En réponse à : Edmond Pery, enfance.

    Paul,

    Ton commentaire nous fait plaisir.

    Merci et bon moment à toi,

    Philippe.

  • Le 9 août à 11:39, par Ancet.p En réponse à : Edmond Pery, enfance.

    Merci pour ce magnifique histoire

  • Le 9 août à 12:07, par Philippe Haulet En réponse à : Edmond Pery, enfance.

    Pascal,

    Ton commentaire nous fait plaisir.

    Merci et bon moment à toi,

    Philippe.

  • Le 5 novembre à 19:48, par Rouet Michel En réponse à : Edmond Pery, mon enfance dans le quartier du Laveu.

    La dernière fois que j’ai croisé Edmond Pery, c’était sur un parking d’autoroute, le dernier au Luxembourg en direction de la frontière française... on s’était un peu connu dans le passé, notamment via sa fille, Cécile si je me souviens bien, et probablement lors d’un Liège Rome Liège, ou Marathon de la Route. Edmond m’expliqua qu’il venait de négocier la vente de ses moules de 356 à une société, en Ardèche A . Ce devait être PGO...

    PGO...

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