La S.A. des Automobiles SPRINGUEL....

Dimitri Haulet, Philippe Haulet    2022-07-15 13:28:38   



La société anonyme des

Automobiles SPRINGUEL.

Propos et documents recueillis auprès de Guy Raymond, de Francis Thomas & d’Olivier Haesevoets.

Guy Raymond.

Jules Springuel, né à Huy en 1874, fait des études à l’université de Liège.

Il en sort ingénieur civil des mines avec la plus grande distinction et les félicitations du jury.



En 1899, il épouse Joséphine (Jenny) Wilmotte, née à Huy en 1877.



Qu’elle soit la fille de Cécile Delloye explique les liens entre les familles SPRINGUEL et DELLOYE.

En 1902, Jules et son frère Charles créent un atelier de mécanique.

Les familles DELLOYE MATTHIEU, THIRY, GODIN, VIERSET, PREUD’HOMME, PETIT dit DUFRENOY, TRASENSTER, …. sont des notables hutois.

Charles Delloye, né à Huy en 1883, banquier, épouse Suzanne TASTE.

En 1904, il acquiert une RICHARD BRASIER 16 HP type O, N° 17 de 1904, 26cv., livrée le 15 juillet 1904 avec une carrosserie ‘Limousine 5 places’.

Elle est importée en Belgique par le garage E. DELLOYE – PONSELET, parent de Charles DELLOYE.

Le 28 janvier 1905, Charles DELLOYE accepte une offre pour une RICHARD BRASIER de démonstration.

Ces deux véhicules Richard BRASIER sont entretenus par la société de construction mécanique J SPRINGUEL - WILMOTTE.

Cette seconde voiture Brasier est équipée d’un moteur 4 cylindres en ligne en 2 blocs de 2 et du type moteur borgne.

Est-ce moteur qui a inspiré Jules SPRINGUEL ?

Vers 1904, Edmond DRESSE (famille Delloye) charge Jules de lui motoriser un tricycle avec un moteur ADLER.

Par après, Jules se construit aussi un quadricycle avec moteur ADLER.

Première voiture Springuel en 1904, avec Jules Springuel, Jenny Wilmotte et 2 cousines Springuel.

Plusieurs membres de la famille Delloye et Springuel passent commande pour des voitures. Parmi eux, Charles Delloye, de Lhonneux, de Laminne de Bex, Gustave Petit dit Dufrenoy.


Voici une copie du bon de commande N°3 du 19 février 1905 de Charles Delloye pour un châssis 24 HP avec un moteur 4 cylindres (100x120) à livrer en mai 1905 pour 10.000 BEF.

Le 20 juin 1907, est créée la S.A. des Automobiles SPRINGUEL, rue de la Motte à Huy.

Jules apporte les actifs de la société de mécanique et Barthelemy SPRINGUEL, un terrain de 4.400 m² de la Rue de la Motte.

Le capital est de 500.000 BEF. Les actes sont passés devant Maître Armand Grégoire, notaire à Huy.

En 1911, le conseil d’administration se compose comme suit :

  • Président du conseil d’administration : Charles Delloye, banquier à Huy.
  • Administrateur délégué : Jules Springuel, Ingénieur à Huy.
  • Administrateurs :
    o Charles Springuel, Industriel à Verviers.
    o Gustave Petit dit Dufrenoy, Ingénieur à Huy (Boulonnerie de Huy).
    o Jacques Van Hoegarden, Ingénieur à Sclessin (Ougrée – Marihaye).
    o Le Chevalier Marcel de Laminne, Industriel (Château de Boland à Herve).
  • Commissaire : Barthélemy Springuel, Industriel à Huy (Distillateur).

Les nombreuses commandes génèrent de gros bénéfices. Avec environ 70 ouvriers, l’usine fabrique une centaine de châssis par an.

Grâce aux excellents résultats en compétition, les Springuel se vendent en Belgique et s’exportent vers l’Argentine, l’Angleterre, les Pays-Bas, l’Australie, le Portugal, la France...




Face à l’afflux de commande, l’usine de Huy devient trop petite.

Exercice comptable Bénéfice d’exploitation en BEF Bénéfice net en BEF
1907 – 1908 28.376,17
1908 - 1909 56.356,03
1909 – 1910 84.943,57 30.449,73
1910 - 1911 104.347,38 41.290,73

L’installation de nouvelles machines doit multiplier la capacité de production par 2,5 en 1912 – 1913.

Le 9 janvier 1912, le conseil d’administration décide d’une augmentation de capital qui permettra le rachat pour 600.000 BEF, de l’usine IMPERIA, à Nessonvaux appartenant à Monsieur Adrien Piedboeuf.

Ainsi la capacité de production en 1912 multipliera celle de l’usine de Huy en 1911 par 7,5.

Jules Springuel au volant.

Les succès en compétitions ne sont pas étrangers à la réputation des automobiles hutoises.


Les courses de Béthane, d’Ostende et de Boulogne dans lesquelles la marque Springuel accapare presque toutes les premières places, la classent parmi les meilleures et les plus réputées du continent.

L’administration des 2 entités de Nessonvaux et de Huy est centralisée à l’usine de Huy.

Cette belle aventure se termine tragiquement en fin 1914.

En reprenant la société IMPERIA, Jules Springuel gagne aussi la technologie des moteurs IMPERIA développée par le motoriste Allemand Paul HENZE.

De 1902 à 1947, cet ingénieur est un motoriste réputé travaillant pour un grand nombre de constructeurs automobiles.

De 1912 à 1914, il occupe le poste de directeur technique d’IMPERIA. Il connaît les qualités de conception et de fiabilité des moteurs SPRINGUEL.

Au début de la guerre, il demande à Jules Springuel les plans des moteurs. Jules refuse.

Alors, les Allemands chargent sur des wagons plats : les machines-outils, les modèles et moules de fonderie, les plans, les encours de fabrication ainsi que les voitures de course.

Ce qui ne peut être emporté est détruit pour empêcher toute activité à Huy.

Durant la guerre, Jules s’occupe de l’usine de Nessonvaux tournant au ralenti.

Il contracte une maladie pulmonaire qui le handicapera jusqu’au décès en 1929.

Vers 1920 – 1921, il sera obligé de vendre IMPERIA à Monsieur Van Roggen.

Jusqu’à ce jour, en Belgique, en Angleterre, en Argentine, aux Pays-Bas et ailleurs, l’Auto Rétro Mosan recherche toute trace de moteur ou de voiture SPRINGUEL.

Depuis 2015, l’A.R.M. a constitué un groupe chargé de construire une réplique de la voiture de course 14 HP de 1911.

Il est indispensable de retrouver une épave, un moteur ou les plans du moteur.

Voici le château POSWICK occupé en 1905 par Monsieur Ferdinand Poswick.
Il a acquis en 1905-1906 un châssis SPRINGUEL 24 HP avec un moteur à 4 cylindres (100 x 120)

Monument avec une Springuel de course, rue de la Motte à Huy.

En face du monument, nous avons le parc et le château de la Motte, propriété
de Monsieur Barthélémy Springuel Preud’homme.

Monsieur Barthélémy Springuel Preud’homme était à la fois distillateur à Huy et commissaire de la SA Automobiles SPRINGUEL.

Il a possédé plusieurs voitures SPRINGUEL, notamment un châssis 16/20 HP type extra-long avec pneus lisses MICHELIN de 820 x 120.

En sortant du château et en prenant à gauche, il n’est plus possible de voir l’usine qui se trouvait sur la droite.


Cette grosse demeure de gauche était celle d’Armand Preud’Homme, époux de Marie Godin-Dautrebande.


Armand Preud’Homme est l’un des premiers clients de SPRINGUEL, avant la création de la SA Automobiles Springuel, avec la commande d’un châssis 24 HP, 4 cylindres.

Au coin de la rue Godin Parnajon, la maison bâtie pour Jules et Jenny Springuel.



Au 36 de la rue des Augustins, voici la maison de François Springuel Collignon.

Entre autres, il aura un châssis 16 HP, 3 vitesses, 4 cylindres, type 1909 – 1910.



A Barvaux en Condroz, ce château fut la demeure du Comte d’Aspremont-Lynden.

Il a acquis vers 1909–1910, un châssis Springuel 16 HP avec un moteur à 4 cylindres et une boîte à 3 vitesses.


Ce château Saint-Vitu a toujours appartenu à la famille DELLOYE.


Il servait d’arrière-plan pour les photos commerciales devant le perron du château.

Voir photo ci-dessous.

Francis Thomas.

Mes grands-parents ont travaillé au château de la Motte dans les années 60 et 70, grand-père jardinier et grand-mère, concierge.

Pendant mon enfance, week-ends et vacances se passaient au château. C’est ainsi que je me suis intéressé à Springuel.

Depuis quelques années, grâce aux réseaux sociaux, je recherche des informations à ce sujet.

Une simple requête sur un moteur avec ‘musée automobile début 20ième siècle’ vous donne des renseignements de tous les pays.

J’ai envoyé des centaines de demandes : « Avez-vous des informations sur Springuel ? ».

En Australie, Chris Martin journaliste et directeur d’un musée, sait que plusieurs Springuel ont été importées mais plus aucune trace n’existe encore.

Ma conviction est différente de celle de plusieurs membres du club. Je pense que plusieurs voitures ont existé mais sous un autre nom.

J’ai été mécanicien toute ma vie. Si j’avais vécu au début du siècle dernier et si j’avais acheté un châssis roulant Springuel, j’aurais placé une carrosserie et les pneus sans garder le nom Springuel.

Vous choisissiez le type de véhicule selon vos besoins et votre envie.

A l’époque, toutes les marques vendaient des châssis roulants, sans carrosserie et sans pneus. Pour les déplacer, des cordes de marine étaient roulées autour des jantes.

Mon opinion est renforcée par l’exemple des Speedsport.

Speedsport.

Ce constructeur bruxellois a construit la Speedsport sur un châssis de Ford T et la Speedsport ne s’est jamais appelée Ford T.

Les voitures complètes étaient des voitures-clients. Par exemple, Barthélemy Springuel impose un cahier des charges particulier.

La partie torpédo devait être démontable pour placer l’élément fermé pour l’hiver.

De plus, la partie fermée devait avoir une hauteur suffisante que pour s’y installer en gardant le haut-de-forme de Monsieur ou le chapeau de Madame.



Après 1920, environ 60 voitures ont encore été construites. Dans les archives de la presse belge,

BelgicaPress.

je ne trouve aucune référence à une voiture Springuel postérieure à 1914.

Il est possible qu’elles soient parties sous le nom Impéria car Springuel a racheté Impéria en 1912.

Il est aussi possible que pour l’étranger comme l’Australie, elles portent un autre nom.

Par contre, le logo Springuel était obligatoirement présent sur la calandre.

Une source à exploiter serait les listes de colisage des chemins de fer de l’époque pour connaître le nombre de voitures exportées en Argentine, au Brésil, peut-être aussi en Uruguay.

En 1914, les Allemands ont emporté ce qui était transportable et détruit, saboté le reste.

Il est probable que ces voitures envoyées en Allemagne ont été détruites.

Paul Henze, directeur technique d’Impéria, est allemand et adepte de ce qui sera le nazisme. Il débute sa carrière de jeune ingénieur chez Cudel à Aachen.

Adrien PIEDBOEUF, né à Düsseldorf, crée à Aachen une importation des automobiles métallurgiques de Marchienne-au-Pont en Belgique.

Me Piedboeuf souffre du mal du pays et ils rentrent à Liège pour construire des motos.

Plus tard, Adrien décide de construire des voitures. N’étant pas motoriste, il engage Paul Henze qui développe la première Impéria.

A l’étroit dans ces locaux, il rachète l’usine Pieper à Nessonvaux qui travaille dans deux domaines : les armes et l’automobile.

En 1909, Paul Henze quitte Imperia pour aller chez Simpson en Prusse. Simpson produit de bonnes motos mais ce n’est pas vrai pour les voitures. Henze doit y remédier.

Après un passage chez RAF, il revient chez Impéria. En avril 1912, il se marie à Liège. Son témoin est son frère Max engagé chez Impéria.

Au début de la guerre, Paul manifeste son penchant pour l’Allemagne et demande à Jules Springuel les plans de ses automobiles.

Les moteurs Springuel sont plus performants que ceux mis au point par Henze. M. Springuel refuse et les Allemands embarquent tout, véhicules, plans, documentation pour l’Allemagne.

Olivier Haesevoets.

Fils de mécanicien, j’ai toujours été intéressé par les voitures, leur histoire, le design.

Depuis environ 5 ans, ma femme et moi sommes bénévoles à Autoworld pour l’entretien esthétique des véhicules, pour le montage et la surveillance des expositions.

L’histoire des véhicules belges me passionne.

A Huy, Springuel est la seule marque. Malgré les recherches d’A.R.M. et de la famille Springuel, elle reste mystérieuse car il n’existe aucune trace d’un véhicule aujourd’hui.

Dans ‘Le grand livre de l’automobile belge’, je trouve les premières informations sur Springuel.

Le grand livre de l’automobile belge.

Jules Springuel naît à Huy en 1874. Ingénieur civil, il construit des moteurs pour l’automobile.

En 1907, il crée la S.A. Automobiles Springuel avec des notables hutois.

Plusieurs modèles ont été construits et Springuel a remporté de nombreuses courses.

En 1912, Springuel rachète Impéria à Adrien Piedboeuf grâce à la négociation du banquier Delloye.

L’administration des deux usines est à Huy.

Au salon de Bruxelles 1912, les deux marques sont présentes sur le même stand ‘Springuel-Impéria’.


En 1914 lors de la guerre, Les Allemands ont emporté voitures, pièces, matériel, plans.

Les deux usines sont regroupées sous le nom Impéria, dirigées par Mathieu Van Roggen.

Mathieu Van Roggen.

Vers 1920, malgré la maladie de Jules Springuel, une petite production redémarre.

Puis, la marque Springuel disparaît et Impéria survivra jusqu’aux années 50.

Francisco Abadal veut construire des voitures en Espagne.

En 1912, Jules Springuel produit châssis et moteurs qui sont exportés.

Certaines voitures porteront le nom ‘Abadal-Impéria’.

Abadal.

L’usine, située rue de la Motte, reçoit la sculpture d’une voiture Springuel, près du quartier résidentiel Springuel.


Le château de la Motte, appartenant à la famille Springuel, vient d’être racheté par une personne qui le restaurera et installera une micro-brasserie.

Bruno et Caroline Springuel.


Le papa de Caroline est Bruno Springuel, fils de Pierre Springuel, lui-même fils de Jean Springuel.

Jean, petit cousin de Jules Springuel, rodait sur route les châssis Springuel, les livrait et assurait la formation des chauffeurs.

Dimitri Haulet

Philippe Haulet

Quelques liens.

Springuel.

La Petite Gazette.

Wikipédia.

Springuel 1911.

Springuel 24/30.

WikiHuy.

Henri Springuel.

Photos anciennes.

RVCCB.

Vos commentaires

  • Le 6 août à 13:55, par andre jansemme En réponse à : La S.A. des Automobiles SPRINGUEL....

    Bonjour votre reportage sur la marque Springuel est formidable , étant de la région hutoise , et connaissant personnellement un membre d’ une des famille faisant partie du conseil d’ administration de l’ époque j’ ai trouvé ces informations touchante
    ENCORE UNE FOIS BRAVO !

  • Le 6 août à 14:03, par Philippe Haulet En réponse à : La S.A. des Automobiles SPRINGUEL....

    M. Jansemme,

    Merci pour ce commentaire élogieux.

    Nous partageons le mérite avec les personnes interviewées.

    Ph.

  • Le 10 août à 15:28, par E. Pirard En réponse à : La S.A. des Automobiles SPRINGUEL....

    Passionnant ! Merci de rendre hommage au génie créateur et entreprenant de nos ingénieurs liégeois (hutois !).
    Quelle formidable inspiration pour les jeunes générations d’ingénieurs et de techniciens !

  • Le 10 août à 18:12, par Philippe Haulet En réponse à : La S.A. des Automobiles SPRINGUEL....

    M. Pirard,

    Votre appréciation nous fait plaisir.

    Merci et bon moment à vous.

    Ph.

  • Le 11 août à 19:14, par Yves Campion En réponse à : La S.A. des Automobiles SPRINGUEL....

    Bonjour,
    Fort intéressants articles contribuant à la renommée des constructeurs autos et motos de notre beau pays !
    Sur la moto du très wavrien Jovite, se trouve un écusson Springuel ; mais comme il n’y a pas de possibilité de vous faire parvenir des photos…
    Bien à vous
    Yves Campion
    Amateur Gillet Herstal

  • Le 12 août à 11:18, par Philippe Haulet En réponse à : La S.A. des Automobiles SPRINGUEL....

    M. Campion,

    Merci de cette précision et bon moment à vous.

    Ph.

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